Visite de la Casamaures

 VISITE DE LA CASAMAURES

 C’est vraiment le printemps à Saint Martin le Vinoux en ce samedi 7 avril 2018, jour où notre douzaine de résoteurs visite la « Casamaures », palais orientaliste qui surplombe l’Isère !
Arrivés tôt, à 14 H, nous avons le plaisir de flâner dans le jardin en cours de restauration et de visiter l’exposition des artisanes, installée dans l’orangerie :

– une créatrice d’objets de cuir,
– une styliste modiste présentant une belle robe de mariée et
– une créatrice de vitraux.
– Ces dernières ont aimablement répondu à toutes nos questions.

Puis à 15H, guidés par une jeune stagiaire, nous montons par une rampe ombragée vers le plus ancien monument français en or gris, « un rêve d’Orient et d’amour au cœur des Alpes ». Ce rêve était celui de Joseph Jullien dit Cochard qui décida en 1855 de bâtir une demeure au lieu-dit la « guinguette ». Il y risqua sa fortune et eut l’audace d’utiliser les nouvelles techniques développées au cours de ce XIXe siècle et plus particulièrement d’adopter le ciment comme matériau pour la réalisation de cette « folie orientaliste ».

En effet, c’est en 1817 que Louis Vicat découvre les principes de fabrication du ciment au cours de travaux qu’il mène pour la réalisation d’un pont. Il ne dépose pas de brevet et livre ainsi au monde le fruit de ses recherches sans en attendre de contrepartie financière. En 1824, un entrepreneur anglais dépose un brevet sur la base du procédé de fabrication énoncé par Louis Vicat pour un produit qu’il nomme « ciment Portland ».

Nous arrivons sur une grande terrasse décorée, grâce à l’atelier Tournesol, de quatre cadrans solaires, que notre guide nous présente.
Puis, nous nous arrêtons sur la terrasse située face à l’entrée du monument et ombragée par le dernier magnolia grandiflora de la Casamaures. Avec deux autres magnolias se trouvant dans le parc de Versailles, il fait partie des 5 Arbres Remarquables de cette espèce inventoriés en France. Ce magnolia est le seul arbre qui subsiste du jardin exotique qui s’étendait sur plusieurs niveaux et comptait plusieurs centaines d’espèces formant un écrin végétal à la demeure.

Nous admirons ce petit palais dont les façades ornées d’arabesques ainsi que les 52 colonnes qui les soutiennent, ont été réalisées en ciment moulé, par des maîtres artisans dans des ateliers situés en contrebas sur les bords de l’Isère. Cette technique permettait de reproduire à l’identique de nombreux éléments de façade qui étaient ensuite assemblés. Le ciment utilisé provenait d’une cimenterie (procédé « portland ») installée sous la Bastille dont on aperçoit la cheminée qui a été conservée. Les carrières de la Bastille ont permis de produire pendant de nombreuses années un ciment de très grande qualité.

Nous remarquons combien les couleurs utilisées, l’ocre et en particulier le bleu outremer, participent à rehausser cet effet décoratif et à donner du relief à l’ensemble.
Il s’agit du « bleu Guimet » inventé par un chimiste et industriel né à Voiron, Jean-Baptiste Guimet, qui a mis au point, en 1827, la formule du bleu outremer artificiel. Celui-ci s’est substitué au bleu outremer naturel, fort apprécié des artistes peintres et obtenu par broyage de lapis-lazuli dont le coût pouvait être de 100 à 2 000 fois plus élevé. Le « bleu Guimet » va trouver des applications, non seulement dans le domaine artistique, mais aussi dans le domaine industriel en particulier pour la fabrication des papiers.

Le jardin d’hiver, accolé à l’édifice, a une façade de bois dont les peintures ont pratiquement toutes disparu, mais on peut encore lire au sommet l’inscription « TURQUIE » alors qu’à cette époque la Turquie n’existait pas en tant qu’Etat. Les recherches entreprises ont permis de déterminer qu’il s’agissait en fait de la façade d’un pavillon réalisé pour une exposition universelle.

Il est temps maintenant de visiter l’intérieur mais après avoir mis des chaussons bleus.
On pénètre tout d’abord dans le jardin d’hiver qui était le seul lieu chauffé puis dans l’entrée et la salle de séjour.
Les murs sont recouverts de papiers peints à la main et de décors en trompe-l’œil évoquant un orient mythique. On retrouve toujours les trois éléments : les étoiles à huit branches, le cœur et la tulipe.
Les vitraux au sud sont de couleurs froides (vert) alors que ceux du couchant sont de couleurs chaudes à dominante de rouges.
Dans les arcs outrepassés, de mystérieuses calligraphies en arabe classique parlent d’amour. Cependant certaines calligraphies n’ont pu être traduites à ce jour, et des photos sont envoyées à l’institut du monde arabe et dans différentes ambassades pour essayer de les faire traduire.
Ce constructeur d’utopie, après trois mariages et deux veuvages, sans descendance, ruiné en 23 ans par cette « folie orientaliste », dut la céder à ses créanciers.

Splendeur et décadence ! Au fil du temps, cette si fragile demeure en ciment non armé devint même un squat et connut de graves dégradations. C’est un miracle si elle a survécu ! Sauvée in extremis en 1981, rachetée par Madame Guichard, c’est une association créée en 1985 qui lutte pour sa sauvegarde : « Casamaures d’hier et d’aujourd’hui » dont le site est : http://www.casamaures.org
Faisons le connaître autour de nous pour que d’autres amis des arts viennent visiter ce petit bijou, né sous une bonne étoile et qui est une invitation au voyage !

Après cette surprenante visite, notre ultime plaisir fut un thé à la menthe savouré au pied de la bien nommée Casamaures ou Cas Amore

Christine M. et Marie-Hélène V.

PS : Nous vous rappelons que la « Casamaures » multiprimée fait partie du Patrimoine architectural de l’Isère et a eu les honneurs de l’émission « Des racines et des ailes » « Au fil de l’Isère » (06/09/2017) à voir ou à revoir sur FR3 (Francetvpluzz…).

 

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